On s'encanaille le temps d'un article afin d'évoquer le souvenir des Hots d'Or. De 1992 à 2001, cette cérémonie à la gloire du cinéma X s'est tenue dans le sillage du Festival de Cannes. Pour le meilleur et pour le pire !
Au début des années 90, le magazine Hot Vidéo propose à ses lecteurs le concept des Hots d'Or. Ils peuvent voter afin d'élire leur film "de genre" favori, mais aussi le meilleur réalisateur, le meilleur scénario... Sans oublier l'acteur et l'actrice de l'année. La voix du public compte pour 80 % de la décision. Un Jury de spécialistes complétait le dispositif.

Zara Whites, rendue célèbre par Joy et Rêves de cuir...
Fondateur du magazine, Frank Vardon choisit de profiter de la visibilité cannoise et programme sa cérémonie à Cannes pendant le Festival du Film. Les premières années, l'ambiance est bon enfant. Canal Plus n'hésite pas à envoyer ses animateurs (après tout le Journal du Hard c'est de chez eux). Il est presque de bon ton d'être vu aux Hots d'Or. A cette époque, le hard sort un peu de l'ombre, et les Stars du milieu trouvent une belle exposition médiatique "généraliste": Zara Whites, Tabatha Cash, Draghixa ou Laure Sainclair font les belles heures de l'événement. Chez les hommes, Rocco Siffredi et Christophe Clark montent au premier plan. Ca les change des gros vous me direz...

Rocco Siffredi a tourné deux fois avec Catherine Breillat
Tandis que les noms se succèdent au palmarès, les Hots d'Or finissent par agacer un certain nombre de personnes. De plus en plus exposée, la manifestation fait presque de l'ombre au Festival de Cannes. La cérémonie est priée de faire ses valises et se retrouve dans la périphérie cannoise, à Mandelieu. Un hôtel au bord de mer accueille le petit monde du porno. Les Hots, c'était la récréation de l'année, J'y pensais dès le mois de janvier. Je me faisais faire une robe sur mesure pour la cérémonie explique Dolly Golden (consacrée à deux reprises meilleure starlette) dans un article de Max daté de 2003. Même nostalgie pour Laura Angel, (meilleure actrice X européenne en 2000) : Cannes te donne l'impression d'être une vraie star. Les gens viennent te demander des autographes, ils te prennent en photo, comme si tu étais une actrice hollywoodienne.

Jenna Jameson, multi "Hot d'Orisée" !
Malheureusement, la cérémonie perd progressivement son image sympathique et retombe dans le ghetto X. Il y avait quelque chose de pourri au royaume du sexe. L'acteur Jean-Pierre Armand l'explique toujours dans Max): La cérémonie est devenue une mascarade qui ne reflétait plus les goûts du public, mais les intérêts de certains. Ce sont les producteurs qui achetaient le plus de pubs dans la revue qui étaient nominés. Sans négliger le fait que des producteurs peu scrupuleux profitaient de leur venue à Cannes (enfin Mandelieu) pour tourner quelques pornos opportunistes dans des villas ou sur des yachts loués pour l'occasion. Des dizaines de starlettes sans pudeur finissaient par lasser les observateurs les plus aguérris.
En 2001, les Hots d'Or (parainés par Larry Flynt) osent une opération de la dernière chance en revenant dans un style "commando" à Cannes. La cérémonie prévue à l'hôtel Noga Hilton fait long feu: durant la présentation à la presse, des vigiles mettent tout le monde dehors. Pathétique fin de l'histoire...

Ovidie (à droite) apparaît dans Le pornographe de Bertrand Bonnello
Depuis, les business-men du X continuent de faire leurs emplettes à Cannes, mais on ne célèbre plus les films et actrices de l'année écoulée. Restent les souvenirs (pour les amateurs)... Meilleur film européen 1995 pour Citizen Shane ou encore le Hot d'Or d'honneur remis à Ovidie en 2001.
Heureusement (?), le sexe n'a pas totalement disparu de la Croisette. En dépit de son froid (légitime) avec les Hots d'Or, le Festival - aux travers de ses différentes sélections - rend régulièrement hommage aux plaisirs (parfois tristes) de la chair: Le Pornographe de Bertrand Bonnello, Shortbus de John Cameron Mitchell, Bataille dans le ciel de Carlos Reygadas, The Brown bunny de Vincent Gallo ou Irréversible de Gaspard Noé nous le rappellent. Il y aussi ceux qui viennent du porno pour finir à la Quinzaine des Réalisateurs: HPG pour son film On ne devrait pas exister.